Jérémy Fournié
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Archive du Blog

23/06/08

Whiipmote Control

Mise en place de la pièce au Matarcar.

11/06/08

Out door / in door

02/06/08

Whiipmote control: Argumentation.

J’ai décidé de réaliser, cette année, l’installation ‘Whiipmote control’ pour synthétiser plusieurs éléments hétérogènes. En premier lieu ma participation au workshop électronique organisé par l’atelier d’AEsP avec le technicien Pieter Heremans du collectif Lab[au] qui m’a été d’une aide salvatrice dans la concrétisation de cette installation (un grand merci à l’atelier et à Pieter). Et en second lieu l’assimilation d’un point de vue esthétique et intellectuel du mémoire de l’année dernière ; ‘Une approche de net.art.’ Tout d’abord la réalisation technique de cette installation m’a permis de mettre en pratique le processus intellectuel employé par un net.artiste et plus particulièrement par les artistes travaillant avec la haute technologie de leur temps. En effet les artistes ont toujours eu pour préoccupation de comprendre, de déplacer, et de requestionner les limites et les bases du savoir de leur temps. C’est ainsi que les peintres du XVIe ont travaillé avec la peinture à l’huile car à leur époque cette technique était leur haute technologie. Pour réaliser la programmation de l’installation, j’ai utilisé plusieurs logiciels « open source ». Cette installation se sert des modalités de fonctionnement d’une console de jeu vidéo WII. J’ai détourné les données émises par la ‘wiiremote’ pour les récupérer sur Mac grâce au programme ‘Darwiin’. Ensuite j’ai réalisé un patch sur ‘Processing’ pour animer le lancer d’une balle virtuelle qui vient transpercer un écran noir. Derrière cet écran noir se révèle l’image feedback du joueur. Pour renforcer l’immersion du joueur dans l’installation, j’ai réalisé une perspective anamorphosée qui crée une aire de jeu. Le tout créant un dispositif scénique. ‘Qu’est ce qu’une perspective, au juste ? Elle est l’articulation de l’optikè à la geometrikè (teknè). L’optique se conçoit autour de trois oppositions. Tout d’abord, celle du visible et de l’invisible. De quel ordre caché ou manifeste la perspective est-elle monstration, s’agit-il réellement d’un trompe l’œil ? Et si l’on retient que ce qui en détermine la consistance, c’est la projection de la troisième dimension sur un plan, comment comprendre et évaluer que l’oeil se trompe quant à son propre compte lorsqu’il voit les trois en deux ? Ensuite, il y a l’opposition de l’ombre et de la lumière. Le manifeste est le caché, mais la véritable lumière ne se voit pas par les yeux de la vision. De quoi est donc faite cette « autre » vision, que vise t-elle ? Enfin, nécessairement entrelacées aux deux autres, il y a l’opposition du voir et de l’apercevoir. Les deux discriminent, examinent, les deux (se) à voir un être réel : la réalité de ce qui s’image. Toutefois, leur pouvoir dé-composant, n’est point similaire. L’une (la vision) exhibe son jeu, l’autre (le « regard ») analyse un manque, ce qui entraîne que, d’une description nous passons à une analytique. 1 ’ Dans le langage courant on emploie l’adjectif virtuel pour qualifier le domaine du multimédia, mais toute réalité a toujours été virtuelle quand elle est vécue, parce qu’elle est toujours perçue au travers de signifiants. À cette heure, la nouveauté réside dans la création de la réalité virtuelle par la programmation informatique qui intègre tous les messages et toute l’expérience humaine dans un unique et même texte multimédia. Provoquant l’intégration de la grande majorité des expressions culturelles sous forme numérique. Mais de tout temps les artistes ont créé des mises en scène pour montrer que l’ordre du monde ne peut se révéler qu’à partir d’un point de vue souverain. La perspective assigne dans l’art de la peinture un point indivisible qui est le lieu pour contempler un tableau. Les médias se servent de ce registre pour diffuser l’information aux individus pour mieux les contrôler (processus mis en pratique par nos sociétés hyperindustrielles qualifiée aussi société de contrôle). Ceci entraînant un modèle cognitif commun, ne proposant plus à l’utilisateur d’alternative pour acquérir des informations sur son environnement. Tout est focalisé sous l’unique angle des medias qui s’hybrident les uns les autres dans leur mode de communication pour aboutir a l’illusion de « libre examen » pour son utilisateur (qui est à la fois l’émetteur et le récepteur dans un système interactif). Provoquant sur l’utilisateur une réduction entre les différentes sources de participation cognitive et sensorielle. En outre le fait de reproduire virtuellement le geste de lancer une balle n’est pas chose si nouvelle. En effet ce type d’action s’inscrit dans la poursuite logique des travaux du professeur Marey, qui, je rappelle, a été à l’initiative de la mise en place du contrôle des gestes des individus. En effet c’est ce contrôle des individus que je tends à critiquer au travers de cette pièce. C’est pourquoi, une fois lancée, cette balle virtuelle vient percer un fond noir où se révèle l’image du participant en feedback. ‘Le feedback est entendu dans son sens comportementaliste : le spectateur est une machine humaine confrontée à un code esthétique et est approchée comme un dispositif de réception / transformation des messages. Le stimulus est le message d’entrée, la réponse (l’adaptation comportementale du spectateur) est le message de sortie qui influe sur l’émetteur du premier message et fait muter la boucle de rétroaction initiée par l’œuvre. 2’ Cette installation tend à dénoncer la démultiplication mass-médiatique de l’individu qui lui permet de ressentir sa propre existence. Qu’il soit devant sa télévision, devant son ordinateur ou devant sa console, c’est toujours ce sentiment d’éprouver son état d’existence que recherche l’individu alors qu’il lui échappe irrésistiblement face à ce type de média. Il ne fait que s’assujettir à ses propres pulsions nihilistes l’entraînant irrémédiablement vers la dé-sublimation. C’est pourquoi je lui fais manipuler une manette munie d’un fouet. Il se fouette psychiquement lui-même tel un sadomasochiste s’infligeant un châtiment. Mais le fouet peut aussi provoquer une stimulation dont l’action est immédiate. Cette stimulation qu’aujourd’hui tant de philosophes, politiciens, et économistes tentent d’influer sur nos sociétés. 1. Aram Mekhitarian, ‘… or not…’, E.S.A Académie Royale des Beaux-Arts de Bruxelles, 2007-2008, p.22 2. Tristan Trémeau, conférence sur 'le paradigme cybernétique' donné dans l'atelier AEsp le jeudi 24 janvier 2008.